Tarif dépendance en EHPAD : ce qu'il couvre, les montants par GIR, le « talon » et ce qui reste à payer
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Laissez-vous guiderLa deuxième ligne de la facture, et la plus mal comprise
Sur une facture d'EHPAD, le tarif dépendance apparaît sur une ligne distincte du tarif hébergement, avec un montant journalier qui change d'un résident à l'autre. Les familles y voient souvent une pénalité liée à l'état de santé de leur proche : plus il est dépendant, plus il paie. La réalité est plus nuancée, parce que l'allocation personnalisée d'autonomie ramène ce tarif, pour la majorité des résidents, à un montant plancher identique pour tous. Cet article explique ce que couvre ce tarif, comment il est fixé, ce que chacun en paie, et ce qui change dans les départements où la réforme de la tarification est expérimentée.
Ce que le tarif dépendance finance
Le tarif dépendance correspond aux dépenses de l'établissement liées à la perte d'autonomie des résidents : l'aide aux actes de la vie quotidienne (une part de la rémunération des aides-soignants et des agents, en général 30 %), les prestations du psychologue, les protections pour l'incontinence, les produits d'hygiène et une part de l'entretien du linge et des locaux liée à la dépendance. Il ne couvre ni les soins médicaux, financés par l'assurance maladie, ni l'hébergement. La composition des trois sections est décrite dans les différences entre tarif hébergement, dépendance et soins.
Comment il est fixé : trois tarifs, six GIR
Chaque résident est classé, à l'entrée puis chaque année, dans l'un des six groupes iso-ressources de la grille AGGIR, par le médecin coordonnateur, sous le contrôle du médecin du département (source : pour-les-personnes-agees.gouv.fr, comment le GIR est-il déterminé). L'établissement applique alors l'un de ses trois tarifs dépendance, arrêtés chaque année par le président du conseil départemental, y compris pour les établissements privés :
| Groupe | Niveau de dépendance | Prix de référence journalier 2024 | Par mois (30 jours) |
|---|---|---|---|
| GIR 1-2 | Dépendance lourde, aide pour la plupart des actes | 22,65 € | 680 € |
| GIR 3-4 | Dépendance partielle, aide pour la toilette, l'habillage, les déplacements | 14,36 € | 431 € |
| GIR 5-6 | Autonomie conservée ou aide ponctuelle | 6,11 € | 183 € |
Ces prix de référence nationaux ont augmenté d'environ 10 % entre 2017 et 2024, avec une hausse de 1,70 à 1,75 % en 2024, nettement plus modérée que celle du tarif hébergement (source : CNSA, prix des EHPAD en 2024). Ils varient d'un établissement à l'autre dans une fourchette relativement étroite, parce qu'ils sont encadrés par le département.
Le « talon » : ce que tout le monde paie
Le tarif des GIR 5-6 est appelé le talon. Il est dû par tous les résidents, quel que soit leur niveau de dépendance, et il n'est couvert par aucune aide. Pour les résidents en GIR 1 à 4, la différence entre leur tarif et le talon est prise en charge par l'APA en établissement, sous déduction d'une participation qui dépend des revenus : nulle jusqu'à 2 846,77 € de revenus mensuels, croissante de 0 à 80 % de la différence entre 2 846,77 € et 4 379,64 €, et égale à 80 % au-delà (source : Service-public.fr, APA en établissement).
Concrètement, pour un résident en GIR 1 avec 1 800 € de retraite, la ligne dépendance de la facture affiche 680 € par mois, l'APA en couvre 497 €, et il paie 183 €, soit exactement ce que paie son voisin en GIR 6. Le mode de calcul et de versement de l'APA est détaillé dans APA en établissement : montant, calcul, démarches.
Ce qui change dans les 23 départements expérimentateurs
Depuis le 1er juillet 2025, 23 départements expérimentent la fusion des sections soins et dépendance en un forfait global unique, financé principalement par l'assurance maladie, avec une participation du résident (source : pour-les-personnes-agees.gouv.fr, expérimentation dans 23 départements). Pour les résidents de ces départements, la ligne dépendance disparaît au profit d'une participation journalière unique : ceux qui payaient plus de 6,10 € par jour ne paient plus que ce montant, ceux qui payaient moins conservent leur tarif jusqu'à fin 2025, et la participation est portée à 6,16 € par jour à partir de 2026 (même source). En pratique, cela revient à généraliser le talon et à supprimer, pour le résident, la démarche d'APA en établissement.
Les départements concernés sont l'Aude, le Cantal, la Charente-Maritime, la Corrèze, les Côtes-d'Armor, la Creuse, le Finistère, la Haute-Garonne, les Landes, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Maine-et-Loire, la Haute-Marne, la Mayenne, le Morbihan, la Nièvre, le Pas-de-Calais, les Pyrénées-Orientales, la Savoie, la Seine-Saint-Denis, la Métropole de Lyon, la Guyane et La Réunion. Le contexte de cette réforme est présenté dans le régime de financement expérimental des EHPAD.
Lire le GIR de son parent, et le contester s'il est faux
La grille AGGIR évalue dix variables dites discriminantes, chacune cotée A (fait seul, totalement, habituellement et correctement), B (fait partiellement) ou C (ne fait pas) : cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts, déplacements à l'intérieur, déplacements à l'extérieur, communication à distance. Un algorithme en déduit le groupe, de 1 à 6. Deux points échappent souvent aux familles : la cotation porte sur ce que la personne fait réellement, pas sur ce qu'elle serait capable de faire avec un effort exceptionnel ; et une personne physiquement valide mais désorientée, qui a besoin d'être stimulée pour chaque acte, peut relever d'un GIR 2 ou 3, ce qui surprend quand on la voit marcher.
En établissement, le médecin coordonnateur cote la grille à l'entrée puis au moins une fois par an, et à chaque changement notable ; le médecin du département en contrôle la cohérence. Le GIR retenu est notifié et figure sur la facture. Si la famille le juge inexact, dans un sens ou dans l'autre, elle peut demander une nouvelle évaluation à l'établissement, puis, en cas de désaccord persistant, contester la décision d'APA auprès du département par un recours administratif préalable, avant un éventuel recours contentieux. Dans la pratique, une discussion avec le médecin coordonnateur, à partir de la grille détaillée qu'il doit pouvoir montrer, règle la plupart des cas.
Les questions que posent les familles
Le GIR peut-il changer, et la facture avec lui ?
Oui, dans les deux sens. Une aggravation conduit à un reclassement, un tarif plus élevé et une APA recalculée, ce qui laisse le talon inchangé pour un résident aux revenus modestes. Une amélioration, plus rare mais possible après une rééducation, conduit à l'inverse. Le résident ou sa famille peuvent demander une réévaluation, et contester un classement auprès du département.
Pourquoi le tarif dépendance de deux EHPAD voisins diffère-t-il ?
Parce qu'il reflète les charges de dépendance propres à chaque établissement, validées par le département. Les écarts restent limités, de l'ordre de quelques euros par jour ; ils sont affichés sur le comparateur public et repris sur les fiches de mazette.fr, ce qui permet de comparer les trois tarifs de chaque établissement avant de visiter.
Le tarif dépendance est-il déduit en cas d'hospitalisation ?
Oui, dès le premier jour d'absence dans la plupart des contrats, puisqu'aucune prestation de dépendance n'est fournie ; le tarif hébergement, lui, n'est réduit qu'après 72 heures. Ce point figure dans le contrat de séjour, que l'article qui lui est consacré aide à lire.
Le talon est-il déductible des impôts ?
Les dépenses de dépendance restées à charge, talon et participation, entrent dans l'assiette de la réduction d'impôt de 25 %, avec les dépenses d'hébergement, dans la limite de 10 000 € par an.
À retenir : le tarif dépendance affiché sur la facture n'est pas ce que le résident paie. Pour la grande majorité, la dépense réelle est le talon, autour de 180 à 190 € par mois, et cette somme est la même en GIR 1 et en GIR 6. C'est le tarif hébergement, et non la dépendance, qui fait le poids d'une facture d'EHPAD.