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Salaire d'un infirmier en EHPAD : infirmier diplômé, infirmier coordonnateur et cadre de santé, dans le public et le privé

Infirmière en EHPAD prenant la tension d’un résident âgé dans un couloir lumineux, avec chariot de soins et aide-soignante à proximité.

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Un poste rare, une responsabilité large

Dans un EHPAD de 80 résidents, nous travaillons le plus souvent avec deux ou trois infirmiers de jour, et aucun la nuit. Chacun d'eux a la responsabilité des traitements, des soins techniques, de la surveillance clinique et de la coordination avec les aides-soignants, le médecin coordonnateur et les médecins traitants, pour plusieurs dizaines de résidents. C'est un exercice différent de l'hôpital : moins d'actes techniques, plus d'autonomie, plus de décisions à prendre seul. La rémunération reflète imparfaitement cette responsabilité, et elle varie selon trois paramètres que nous détaillons ici : le statut de l'établissement, la fonction exacte (infirmier, infirmier coordonnateur, cadre) et le planning. Cet article complète le panorama des rémunérations en EHPAD.

L'infirmier diplômé d'État (IDE)

Dans la fonction publique hospitalière

L'infirmier en soins généraux relève de la catégorie A, avec deux grades. Le traitement de début de carrière se situe autour de 2 100 à 2 200 € brut mensuels, auquel s'ajoute le complément de traitement indiciaire du Ségur (49 points, environ 241 € brut, 183 € net). En fin de carrière, au dernier échelon du second grade, le traitement atteint environ 3 300 à 3 400 € brut. Les indemnités de dimanche, de jour férié et, plus rarement en EHPAD, de nuit, s'y ajoutent. En net, un infirmier débutant du public en EHPAD perçoit, avec deux dimanches dans le mois, autour de 2 000 à 2 100 €, et un infirmier expérimenté 2 700 à 2 900 €.

Dans le privé

Les EHPAD commerciaux appliquent la convention de l'hospitalisation privée de 2002, avec un minimum conventionnel pour l'infirmier de l'ordre de 2 200 à 2 400 € brut à l'embauche, complété par la prime Ségur de 206 € brut (source : Légifrance, avenant du 6 décembre 2021), la prime d'ancienneté et, selon les groupes, des primes d'attractivité devenues courantes depuis 2022 face à la pénurie. Les établissements associatifs sous convention de 1951 se situent dans des fourchettes proches, avec une reprise d'ancienneté encadrée par la convention. En pratique, les écarts entre public et privé sont plus faibles pour les infirmiers que pour les aides-soignants, parce que la concurrence pour les recruter a tiré les salaires privés vers le haut.

L'infirmier coordonnateur (IDEC)

L'IDEC est le pivot de l'organisation des soins de l'EHPAD : planning des soignants, admissions, relation avec les familles, projets de soins, lien avec les médecins, gestion des dispositifs médicaux, souvent participation à l'astreinte de direction. Nous travaillons en binôme quotidien. Le poste est ouvert aux infirmiers expérimentés, généralement après trois à cinq ans d'exercice, et beaucoup d'établissements demandent un diplôme universitaire de coordination ou un master en management.

La rémunération se situe le plus souvent entre 2 800 et 4 000 € brut mensuels selon le secteur, la taille de l'établissement et l'expérience : dans le public, un infirmier au second grade avec une nouvelle bonification indiciaire ou un cadre de santé ; dans le privé, un coefficient de coordination majoré, avec une prime de fonction. Une prime Ségur spécifique et les revalorisations de 2022 ont amélioré ces montants, mais l'écart avec la responsabilité assumée reste, de l'avis général, le principal facteur de rotation sur ces postes.

Le cadre de santé

Dans les EHPAD de grande taille ou rattachés à un hôpital, un cadre de santé encadre l'ensemble des soignants. Il est titulaire du diplôme de cadre, obtenu après concours et une année de formation. Dans la fonction publique hospitalière, sa grille de catégorie A débute autour de 2 600 € brut et dépasse 4 000 € en fin de carrière, hors primes. Dans le privé, le poste équivaut souvent à celui de responsable des soins ou d'adjoint de direction, rémunéré entre 3 500 et 5 000 € brut.

Les compléments qui pèsent

ÉlémentPublicPrivé
Dimanches et jours fériésindemnité forfaitaire par journéemajoration conventionnelle ou d'entreprise
Astreintesindemnité d'astreinte selon le nombre de nuits ou de week-endsindemnité prévue par accord, variable
Prime annuelleprime de servicetreizième mois ou prime selon l'employeur
Fonction de coordinationnouvelle bonification indiciaire ou passage cadreprime de fonction ou coefficient majoré

Les lignes correspondantes sont expliquées dans comprendre son bulletin de paie en EHPAD. Un point souvent négligé lors de l'embauche : l'astreinte téléphonique de nuit ou de week-end, fréquente pour les IDEC et parfois pour les IDE, doit être rémunérée ou compensée selon des règles précises ; demandez-les par écrit.

L'infirmier libéral qui intervient en EHPAD

Une part des soins infirmiers en EHPAD n'est pas assurée par des salariés mais par des infirmiers libéraux, sous deux régimes. Dans les établissements ayant choisi l'option tarifaire « partielle », les infirmiers libéraux facturent leurs actes à l'assurance maladie, à l'acte, comme au domicile, et interviennent auprès des résidents qui les ont choisis. Dans les établissements en option « globale », les soins infirmiers sont inclus dans le forfait de l'établissement, qui salarie ses infirmiers ou conventionne des libéraux rémunérés par lui. Pour un infirmier libéral, l'EHPAD représente une tournée concentrée, sans déplacement entre patients, ce qui explique l'intérêt de certains cabinets ; pour l'établissement, c'est un moyen de couvrir des créneaux, notamment le week-end, qu'il ne parvient pas à pourvoir en salarié. Le revenu d'un libéral n'est pas comparable à un salaire, puisqu'il dépend du nombre d'actes et supporte les charges ; il est évoqué ici parce que la question « qui fait les soins la nuit et le week-end ? » a souvent cette réponse.

Négocier à l'embauche : ce qui se discute

La pénurie a rendu la négociation possible, y compris dans le public, où elle prend la forme d'un positionnement d'échelon tenant compte de l'expérience antérieure, y compris privée. Dans le privé, se discutent le coefficient de départ, la reprise d'ancienneté dans la branche, une prime d'installation ou de cooptation, la participation à la mutuelle, le financement d'un diplôme universitaire de coordination, et l'organisation du temps de travail : la semaine de quatre jours en journées de dix heures, très demandée, est proposée par un nombre croissant d'établissements. Ce qui ne se négocie pas : le Ségur, fixé par accord, et les majorations conventionnelles de dimanche. Demander une simulation de paie sur un mois avec le planning réel reste, ici comme pour les aides-soignants, la seule manière de comparer deux offres.

Pourquoi les EHPAD peinent à recruter, et ce que cela change

Le ratio est explicite : un infirmier pour trente à quarante résidents en journée, aucun la nuit dans la majorité des établissements, où c'est un aide-soignant qui appelle une infirmière d'astreinte ou le 15. Pour un jeune diplômé, l'EHPAD offre une autonomie rapide et des horaires plus réguliers que l'hôpital ; il expose aussi à des décisions solitaires et à une charge administrative lourde. Les établissements l'ont compris et proposent de plus en plus de conditions améliorées : semaines de quatre jours, primes d'installation, prise en charge de formations, temps dédié au projet de soins. Ces éléments comptent autant que le salaire de base, et c'est sur eux que se joue la stabilité des équipes.

Pour les familles, la présence infirmière est un critère de choix concret : le nombre d'infirmiers de jour, l'existence d'une astreinte de nuit, l'ancienneté de l'infirmier coordonnateur. Ces informations se demandent lors de la visite, dont les 30 questions à poser font la liste, et se recoupent avec le taux d'encadrement publié chaque année par l'établissement (source : pour-les-personnes-agees.gouv.fr, indicateurs des EHPAD), repris sur les fiches de mazette.fr. Un établissement qui garde ses infirmiers est un établissement où les résidents sont mieux suivis, et nous le mesurons chaque jour.

Hélène Vasseur