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Médecin coordonnateur en EHPAD : ce qu'il fait, combien de temps il est présent, et ce qu'il gagne

Médecin coordonnateur en EHPAD échangeant avec une infirmière et consultant un dossier lors d’une réunion de coordination des soins.

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Un médecin qui ne soigne pas, ou presque

La question que me posent le plus souvent les familles lors des visites de préadmission est : « c'est vous qui allez soigner ma mère ? ». La réponse est non, et elle mérite d'être expliquée, parce qu'elle définit tout le poste. Le médecin coordonnateur d'un EHPAD ne se substitue pas au médecin traitant, que chaque résident garde librement. Il organise les soins de l'ensemble de l'établissement : il en est le garant, le chef d'orchestre, parfois le recours, rarement le prescripteur. Cet article décrit ce que nous faisons, le temps que la loi nous impose d'y consacrer, et ce que ce métier rapporte, dans un secteur qui peine à nous recruter.

Les missions, telles que le décret les fixe

Le Code de l'action sociale et des familles liste les missions du médecin coordonnateur, précisées en dernier lieu par un décret de 2019. En les regroupant :

  1. Élaborer et faire vivre le projet de soins de l'établissement, en cohérence avec le projet d'établissement, et en coordonner la mise en œuvre avec l'infirmier coordonnateur et l'équipe.
  2. Donner un avis sur les admissions, au vu du volet médical du dossier, pour vérifier que l'établissement peut prendre en charge la personne ; c'est un avis, la décision revient au directeur.
  3. Évaluer les résidents : le GIR de chacun avec la grille AGGIR, et les besoins en soins de l'ensemble par la coupe Pathos, qui déterminent les financements de l'établissement.
  4. Coordonner les intervenants extérieurs : médecins traitants, kinésithérapeutes, pharmacie, hôpital, équipes mobiles de gériatrie et de soins palliatifs, avec qui nous signons des conventions.
  5. Veiller au bon usage du médicament : liste préférentielle, révision des ordonnances longues, prévention des interactions et des chutes liées aux traitements.
  6. Former et conseiller l'équipe soignante : protocoles, gestes d'urgence, prise en charge de la douleur, des troubles du comportement, de la fin de vie.
  7. Présider la commission de coordination gériatrique, qui réunit les professionnels intervenant dans l'établissement, et rédiger le rapport annuel d'activité médicale.
  8. Prescrire dans certains cas : en situation d'urgence, en cas de risque exceptionnel, et, depuis 2019, pour les résidents de l'établissement en lien avec le médecin traitant, ce qui a mis fin à des situations absurdes où nous ne pouvions pas signer une ordonnance de notre propre main.

À cela s'ajoutent, dans les faits, la relation avec les familles sur les questions médicales, la participation aux réunions de synthèse, et la veille sur les événements indésirables. Le rôle de chacun dans l'équipe est présenté dans les métiers exercés en EHPAD aujourd'hui.

Le temps de présence : un minimum réglementaire relevé en 2023

Le temps que l'établissement doit consacrer à cette fonction est fixé par décret en fonction de la capacité autorisée. Le décret du 27 avril 2022 a relevé ces seuils à compter du 1er janvier 2023 (source : Légifrance, décret n° 2022-731 du 27 avril 2022) :

Capacité de l'EHPADTemps minimum de médecin coordonnateur
Moins de 44 places0,40 équivalent temps plein
45 à 59 places0,60 équivalent temps plein
60 à 99 places0,80 équivalent temps plein
100 places et plus1 équivalent temps plein

Ces seuils sont des minima, contrôlés par l'agence régionale de santé. Beaucoup d'établissements peinent à les atteindre, faute de candidats, et fonctionnent avec un temps inférieur ou une vacance de plusieurs mois. Pour une famille, le temps de présence réel du médecin coordonnateur, et la durée de la vacance éventuelle, sont des questions légitimes lors d'une visite, au même titre que celles listées dans les 30 questions à poser en visitant un EHPAD.

Qui peut exercer

Le poste est ouvert aux médecins titulaires d'un diplôme d'études spécialisées complémentaires de gériatrie, d'une capacité de gérontologie, d'un diplôme d'université de médecin coordonnateur d'EHPAD, ou d'une attestation de formation continue équivalente. Un médecin recruté sans ces titres dispose de trois ans pour les acquérir. Dans les faits, la majorité d'entre nous sommes des médecins généralistes ayant complété une formation en gériatrie, exerçant à temps partiel dans un ou plusieurs établissements, parfois en parallèle d'une activité libérale. Ce cumul est fréquent et encadré : un médecin coordonnateur peut être le médecin traitant de certains résidents, à condition que les deux fonctions restent distinctes.

Le salaire

La rémunération dépend du statut de l'établissement et de la quotité de temps.

  • Dans les EHPAD publics rattachés à un hôpital, le médecin coordonnateur est le plus souvent praticien hospitalier, rémunéré sur la grille correspondante, avec la prime de revalorisation créée par un décret d'avril 2022 pour les médecins coordonnateurs des EHPAD publics ; à temps plein, le brut mensuel se situe entre 5 000 et 7 000 € selon l'échelon.
  • Dans les EHPAD associatifs, la convention de 1951 prévoit une grille de médecin, complétée par des accords d'entreprise : 5 500 à 7 500 € brut à temps plein.
  • Dans les EHPAD commerciaux, le salaire est négocié de gré à gré, dans une fourchette de 6 000 à 8 500 € brut à temps plein, davantage dans les zones en pénurie.

Ces montants sont proratisés au temps de travail : un poste à 0,4 ETP dans un petit établissement rapporte 2 200 à 3 400 € brut par mois. Comparés aux revenus d'une activité libérale, ils expliquent en partie la difficulté de recrutement, que les établissements compensent par la souplesse des horaires, l'absence de gardes et, de plus en plus, par des primes d'engagement. Les repères pour l'ensemble des métiers figurent dans les grilles de salaire en EHPAD et le salaire des infirmiers en EHPAD, avec qui nous formons le binôme quotidien.

Ce que le poste change pour les résidents

Un établissement où le médecin coordonnateur est présent au temps réglementaire, stable depuis plusieurs années, et en lien régulier avec les médecins traitants, se reconnaît à des choses concrètes : des ordonnances révisées et allégées, moins d'hospitalisations évitables, des protocoles de fin de vie connus des équipes, des familles reçues quand elles le demandent. Ce sont ces indices, plus que le titre, qui devraient guider une famille dans son choix ; les fiches de mazette.fr indiquent la présence d'un médecin coordonnateur et son temps déclaré, et la visite permet de vérifier que ce temps est réel. Pour ma part, quand une famille me demande si c'est moi qui vais soigner sa mère, je réponds que non, mais que je ferai en sorte que ceux qui la soignent travaillent ensemble. C'est, en une phrase, la définition du poste.

Hélène Vasseur