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Agent de soins en EHPAD : ce que recouvre l'intitulé, la différence avec l'ASH et l'aide-soignant, et le salaire

Soignant en EHPAD aidant une personne âgée dans sa chambre, illustrant le travail d’agent de soins et d’aide-soignant.

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Un intitulé d'offre d'emploi, pas un diplôme

Quand on cherche un poste en EHPAD, trois intitulés reviennent sans arrêt : agent de service hospitalier, aide-soignant, et agent de soins. Les deux premiers correspondent à des réalités précises. Le troisième, non : il n'existe ni diplôme d'agent de soins, ni corps de la fonction publique portant ce nom, ni coefficient conventionnel qui s'appelle ainsi.

C'est un intitulé d'usage, employé surtout dans le privé, et il désigne en pratique une personne qui participe aux soins de nursing sans détenir le diplôme d'État d'aide-soignant. D'où l'ambiguïté : le mot « soins » est dans le titre du poste, les gestes le sont dans la journée de travail, mais la fiche de paie, elle, suit un tout autre chemin.

Cet article explique ce que cache l'intitulé, ce qu'il autorise et ce qu'il n'autorise pas, et ce qu'il vaut concrètement en 2026.

ASH, aide-soignant, agent de soins : trois réalités à ne pas confondre

L'agent de service hospitalier (ASH) assure l'hygiène des locaux, le service des repas, le linge, la plonge. Son rôle est défini, et il ne comprend pas les soins d'hygiène à la personne. En EHPAD public, l'ASH relève de la catégorie C de la fonction publique hospitalière. Nous détaillons sa rémunération dans Salaire d'une ASH en EHPAD.

L'aide-soignant est titulaire du diplôme d'État d'aide-soignant (DEAS). Il réalise les soins d'hygiène et de confort, l'aide aux repas, la mobilisation, la surveillance, et transmet à l'infirmière. Depuis la réforme issue du Ségur de la santé, il relève de la catégorie B dans le public. Sa rémunération est détaillée dans Salaire d'un aide-soignant en EHPAD.

L'agent de soins, lui, se situe entre les deux, et c'est précisément le problème. L'expression recouvre le plus souvent l'une de ces trois situations :

  • un ASH affecté à des tâches de nursing en renfort de l'équipe soignante ;
  • un « faisant fonction d'aide-soignant » : une personne sans DEAS qui occupe un poste d'aide-soignant, souvent en attendant une formation ;
  • un élève ou un apprenti aide-soignant en cours de cursus, employé sur un poste intermédiaire.

Les trois n'ont ni les mêmes droits, ni la même paie, ni la même responsabilité. Avant d'accepter un poste intitulé « agent de soins », la première question à poser est donc : sous quel statut, et sur quel coefficient ?

Ce que dit le cadre réglementaire

Les textes sont précis, et ils ne connaissent pas l'agent de soins.

L'aide-soignant accompagne et réalise les soins essentiels de la vie quotidienne, dans le cadre du rôle propre de l'infirmier défini aux articles R. 4311-3 et R. 4311-5 du code de la santé publique, et collabore aux soins infirmiers dans les conditions de l'article R. 4311-4 du même code.

L'agent des services hospitaliers qualifié est, lui, chargé de l'entretien et de l'hygiène des locaux et participe aux tâches permettant d'assurer le confort des malades. C'est la définition que portait le décret n° 2007-1188 du 3 août 2007, statut particulier du corps jusqu'à son abrogation par le décret n° 2021-1825 du 24 décembre 2021. Les soins d'hygiène à la personne n'y figuraient pas, et aucun texte postérieur n'a créé de fonction soignante sans diplôme.

La pratique du « faisant fonction » est ancienne et répandue, surtout là où le recrutement est difficile, mais elle ne crée aucune compétence nouvelle. Ce qui est certain tient en une phrase : l'intitulé du poste n'étend pas les compétences. Être appelé « agent de soins » ne rend pas titulaire d'un diplôme, et l'employeur reste responsable de l'adéquation entre les gestes demandés et la qualification réelle.

À noter : depuis le décret n° 2021-1257 du 29 septembre 2021, les aides-soignants de la fonction publique hospitalière relèvent d'un corps propre, en catégorie B. L'écart statutaire avec l'ASH s'en trouve accru, et avec lui l'écart de rémunération.

Le salaire : sur quelle grille tombe-t-on ?

C'est là que l'ambiguïté coûte cher. Sans DEAS, la rémunération suit presque toujours la grille de l'ASH, pas celle de l'aide-soignant.

Les repères 2026, tirés de nos articles sur le sujet :

  • Le SMIC s'établit à 12,31 € brut de l'heure, soit 1 867,02 € brut par mois pour 35 heures (source : Service-public.fr).
  • Dans la fonction publique hospitalière, un aide-soignant diplômé démarre à l'indice majoré 373, soit 1 836,20 € brut, complété par une indemnité différentielle puisque ce montant est inférieur au SMIC.
  • Un agent sans diplôme reste sur la grille de catégorie C, au niveau du SMIC en début de carrière.

Le Ségur de la santé, lui, est versé quel que soit le diplôme :

  • dans le public, le complément de traitement indiciaire vaut 49 points, soit environ 241 € brut et 183 € net par mois à temps plein ;
  • dans le privé non lucratif (convention de 1951), une indemnité équivalente d'environ 238 € brut ;
  • dans le privé commercial, l'avenant du 6 décembre 2021 transpose le Ségur sous la forme de 206 € brut, soit environ 160 € net.

Autrement dit : à poste identique et à Ségur identique, l'écart entre un agent de soins et un aide-soignant diplômé se joue sur la grille de base, et il se creuse avec l'ancienneté, puisque la progression par échelons n'est pas la même.

Les compléments qui font le net

Comme pour les autres métiers de l'EHPAD, le salaire de base ne dit pas tout. Les plannings couvrent sept jours sur sept, et les sujétions pèsent :

  • indemnités de dimanche et de jour férié, de l'ordre d'une cinquantaine d'euros pour une journée de huit heures dans le public ;
  • indemnité horaire pour le travail de nuit ;
  • primes d'ancienneté, d'assiduité ou de présence selon l'employeur dans le privé.

Sur un mois avec deux dimanches et quelques nuits, ces compléments représentent couramment 100 à 250 € net. Ils s'appliquent de la même façon, que l'on soit diplômé ou non.

Comment lire une offre qui dit « agent de soins »

Quatre questions à poser avant de signer, et elles se posent sans détour :

  1. Quel est l'intitulé exact sur le contrat, et quel coefficient ou quel grade ?
  2. Le Ségur est-il inclus dans le salaire annoncé, et sous quelle forme ?
  3. Quels gestes sont attendus au quotidien, et sous la responsabilité de qui ?
  4. Un parcours vers le diplôme est-il prévu, financé, et sur quel calendrier ?

Une offre qui répond clairement aux quatre est une offre sérieuse. Une offre qui reste floue sur la deuxième et la troisième mérite qu'on insiste.

Sortir de l'ambiguïté : les voies vers le diplôme

Quatre chemins mènent au DEAS, et un établissement en manque de personnel a tout intérêt à les financer :

  • la formation initiale en institut, encadrée par l'arrêté du 10 juin 2021, accessible sans condition de diplôme ;
  • l'apprentissage, qui permet d'être rémunéré pendant le cursus ;
  • la sélection professionnelle réservée aux agents de la fonction publique hospitalière, qui ouvre l'accès au grade d'aide-soignant après une ancienneté dans le grade et une formation validée. Le cadre a été posé par l'arrêté du 12 février 2008 ; l'ancienneté exigée et le nombre de places ouvertes se vérifient auprès de la direction des ressources humaines de l'établissement, la refonte statutaire de 2021 ayant modifié les corps concernés ;
  • la validation des acquis de l'expérience (VAE), organisée par l'arrêté du 28 mars 2022. Elle exige d'avoir exercé les activités correspondantes pendant au moins un an, soit 1 607 heures en équivalent temps plein, consécutives ou non, et en rapport direct avec le diplôme ; l'attestation de formation aux gestes et soins d'urgence de niveau 2 (AFGSU 2) fait partie des prérequis. Le dossier se dépose sur France VAE, le portail public.

Passer d'« agent de soins » à aide-soignant diplômé, c'est changer de grille, et c'est aussi ouvrir les évolutions décrites dans Évolution de carrière après aide-soignant en EHPAD.

Ce qu'il faut retenir

  • « Agent de soins » n'est ni un diplôme ni un statut : c'est un intitulé d'offre d'emploi.
  • Il recouvre en pratique un ASH affecté au nursing, un faisant fonction d'aide-soignant, ou un élève en cursus.
  • Le salaire suit presque toujours la grille de l'ASH, pas celle de l'aide-soignant, avec un Ségur identique.
  • La vraie question à poser à l'embauche n'est pas le titre du poste, mais le coefficient, les gestes attendus, et le parcours vers le diplôme.
Lina Moreau