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Retraite d'une aide-soignante : âge de départ, catégorie active, calcul et montant selon le secteur

Aide-soignante en EHPAD consultant un dossier administratif, avec une horloge et un calendrier en arrière-plan.

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1. Deux régimes, deux logiques

La retraite d'une aide-soignante dépend d'abord de son employeur. Dans un EHPAD public, elle est fonctionnaire hospitalière et relève de la CNRACL, avec un avantage majeur : le classement en catégorie active, qui ouvre un départ anticipé. Dans un EHPAD privé, commercial ou associatif, elle relève du régime général et de la complémentaire Agirc-Arrco, comme tout salarié, sans départ anticipé lié au métier. Une même carrière donne donc des âges de départ et des montants différents selon le secteur, et une carrière mixte, fréquente, combine les deux. Cette fiche traite les deux cas, dans un contexte réglementaire qui a bougé en 2026.

2. Dans la fonction publique hospitalière : la catégorie active

Le principe

Les emplois d'aide-soignant en établissement public sont classés en catégorie active, en raison de leur pénibilité. Un agent qui justifie de 17 ans de services dans des emplois de cette catégorie peut partir à la retraite avant l'âge légal de droit commun (source : CNRACL, départ anticipé pour catégorie active). Historiquement fixé à 57 ans, cet âge avait été relevé progressivement vers 59 ans par la réforme de 2023, selon l'année de naissance.

Ce qui a changé en 2026

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a suspendu la montée en charge de la réforme de 2023 pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, et un décret du 7 mai 2026 a adapté les règles applicables aux affiliés de la CNRACL. L'âge de départ anticipé reste déterminé par la date de naissance, mais le calendrier de relèvement n'est plus celui de 2023 pour les générations concernées (même source). À savoir : dans ce contexte, seule une simulation personnalisée sur l'espace CNRACL, ou une demande d'estimation, donne l'âge exact ; les tableaux par génération qui circulent depuis 2023 sont pour partie périmés.

Le calcul de la pension

La pension d'un fonctionnaire se calcule à partir du traitement indiciaire détenu depuis au moins six mois avant le départ, multiplié par 75 % pour une carrière complète, proratisé selon le nombre de trimestres acquis par rapport au nombre exigé. Le complément de traitement indiciaire issu du Ségur est intégré à l'assiette. Les primes (dimanches, nuits, prime de service) n'en font pas partie ; elles alimentent la retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), qui verse un complément modeste. Une décote s'applique en cas de trimestres manquants, annulée à l'âge d'annulation de la décote, fixé à 62 ans pour la catégorie active depuis le 1er septembre 2023 (même source).

Un exemple

Une aide-soignante née au début des années 1970, ayant fait toute sa carrière en EHPAD public, part à 59 ans au dernier échelon de la classe supérieure, avec un traitement d'environ 2 750 € brut (source : grille indiciaire hospitalière, aide-soignant) auquel s'ajoute le CTI de 241 € brut, soit une assiette d'environ 2 990 €. Avec le nombre de trimestres requis, sa pension brute serait de 75 % de cette assiette, soit environ 2 240 € brut, plus la RAFP. Avec des trimestres manquants, ce qui est le cas de nombreuses carrières commencées tard ou interrompues, le montant baisse d'autant, et une pension nette de 1 400 à 1 800 € correspond à la situation la plus courante.

3. Dans le privé : régime général et Agirc-Arrco

Une aide-soignante d'EHPAD privé relève des règles de droit commun : âge légal de départ selon sa génération, durée d'assurance requise pour le taux plein, pension de base calculée sur les 25 meilleures années de salaire, dans la limite du plafond de la sécurité sociale, complétée par les points Agirc-Arrco accumulés sur les cotisations. Il n'existe pas de catégorie active. Deux dispositifs peuvent toutefois avancer le départ :

  • la retraite anticipée pour carrière longue, pour celles qui ont commencé à travailler jeunes et réunissent la durée d'assurance requise ;
  • le compte professionnel de prévention, alimenté par le travail de nuit et les autres facteurs de pénibilité reconnus, dont les points peuvent financer des trimestres de départ anticipé, dans la limite de deux ans.

En montant, une carrière complète d'aide-soignante dans le privé, avec un salaire de fin de carrière autour de 2 400 € brut et le Ségur, donne le plus souvent une pension nette totale de 1 300 à 1 600 €, régime de base et complémentaire réunis, moins si la carrière comporte des périodes à temps partiel, très fréquentes dans ce métier.

4. Les carrières mixtes et les points de vigilance

SituationConséquence
Moins de 17 ans de services actifs dans le publicPas de départ anticipé au titre de la catégorie active ; les années comptent pour la pension mais à l'âge de droit commun
Passage du public au privé en cours de carrièreDeux pensions distinctes (CNRACL et régime général), liquidées séparément, chacune selon ses règles
Temps partielDans le public, trimestres comptés à taux plein pour la durée d'assurance mais montant proratisé ; possibilité de surcotiser
Faisant fonction d'aide-soignant sans diplômeLes années en tant qu'ASH relèvent aussi de la catégorie active dans le public
EnfantsBonifications et majorations de durée selon le régime et la date de naissance des enfants

Bon à noter : les années de service de nuit ne donnent pas de trimestres supplémentaires dans le public, contrairement à une idée répandue ; c'est le classement en catégorie active qui tient lieu de reconnaissance de la pénibilité.

5. Enfants, minimum garanti, cumul : trois règles qui modifient le montant

Les enfants. Dans la fonction publique, chaque enfant né avant 2004 donne droit à une bonification d'un an de services, à condition d'avoir interrompu ou réduit son activité au moins deux mois autour de la naissance ; pour les enfants nés après 2004, les mères bénéficient d'une majoration de durée d'assurance de deux trimestres, et une majoration de pension de 10 % s'applique à partir de trois enfants, dans les deux secteurs. Dans le régime général, ce sont huit trimestres par enfant pour la durée d'assurance, et la même majoration de 10 % pour trois enfants. Pour un métier très majoritairement féminin, ces règles pèsent sur les montants autant que la grille.

Le minimum garanti et le minimum contributif. Une pension de fonctionnaire calculée sur une carrière complète ne peut être inférieure au minimum garanti, ce qui relève les petites pensions des agents ayant fait carrière aux premiers échelons ; le régime général applique de son côté le minimum contributif aux pensions à taux plein. Ces planchers concernent une part notable des aides-soignantes ayant travaillé longtemps à temps partiel.

Le cumul emploi-retraite. Une aide-soignante retraitée peut reprendre une activité, en EHPAD ou ailleurs, en cumulant pension et salaire, intégralement si elle a liquidé toutes ses pensions à taux plein, et en se constituant de nouveaux droits depuis la réforme de 2023. Les établissements accueillent volontiers ces profils expérimentés pour des remplacements, et beaucoup d'aides-soignantes utilisent cette possibilité les premières années.

6. Préparer son départ

  1. Vérifier son relevé de carrière sur info-retraite.fr dès 45 ans, pour repérer les périodes manquantes et les faire régulariser.
  2. Pour les fonctionnaires, contrôler que tous les emplois occupés sont bien classés en catégorie active dans le dossier, y compris les périodes de contractuelle titularisées ensuite.
  3. Demander une estimation indicative globale à partir de 55 ans, puis une simulation à chaque changement de règle, comme celle de 2026.
  4. Déposer la demande de retraite six mois avant la date souhaitée, auprès de la CNRACL via l'employeur pour le public, en ligne sur info-retraite.fr pour le privé.

Pour les aides-soignantes qui envisagent de prolonger, les possibilités de cumul emploi-retraite et de surcote se sont élargies, et les EHPAD, qui manquent de personnel, accueillent volontiers les retraitées à temps partiel. Ces choix de fin de carrière prolongent les parcours décrits dans l'évolution de carrière après aide-soignant et rejoignent la question de la rémunération traitée dans le salaire d'un aide-soignant en EHPAD : la pension se construit sur les mêmes grilles.

Sophie Andrade