Santé

Neuropathie chez la personne âgée : reconnaître les signes, comprendre les causes, savoir quoi faire

Médecin examinant la sensibilité du pied d’une personne âgée en cabinet médical, avec un monofilament, dans une ambiance lumineuse et rassurante.

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Des pieds qui « ne sentent plus le sol »

En consultation, la plainte arrive rarement sous le nom de neuropathie. Nous entendons plutôt : « j'ai les pieds en carton », « ça brûle la nuit », « je ne sens plus mes chaussons », ou, de la part d'un proche, « elle tombe sans raison ». Derrière ces descriptions se cache souvent une atteinte des nerfs périphériques, c'est-à-dire des nerfs qui relient la moelle épinière aux membres. Chez la personne âgée, la neuropathie est fréquente, sous-diagnostiquée, et elle pèse directement sur l'autonomie parce qu'elle abîme deux choses essentielles : la sensibilité des pieds et l'équilibre. Cet article vous aide à la repérer et vous explique ce que nous pouvons faire.

Comment la neuropathie se manifeste

Les nerfs périphériques transportent trois types d'informations, et chacun peut être touché.

Les signes sensitifs, les plus fréquents

  • fourmillements, picotements, engourdissement, sensation de peau cartonnée, le plus souvent aux deux pieds de manière symétrique, puis remontant vers les chevilles et les mollets « en chaussettes » ;
  • brûlures ou décharges, souvent plus intenses le soir et la nuit, qui gênent le sommeil ;
  • à l'inverse, une perte de sensibilité : la personne ne sent plus une ampoule, une brûlure de bouillotte, un caillou dans la chaussure.

L'Assurance maladie décrit exactement ces symptômes dans le cas de la neuropathie diabétique, la forme la plus courante : « des fourmillements ; un engourdissement ; une sensation de cuisson ou de peau cartonnée », avec une « diminution ou une perte de la sensibilité au contact et à la chaleur » (source : Ameli.fr, les complications du diabète au niveau des nerfs).

Les signes moteurs

Une faiblesse des muscles du pied et de la jambe, un pied qui « accroche » en marchant, des crampes. Ils apparaissent plus tard et signalent une atteinte plus avancée.

Les signes végétatifs, souvent méconnus

Quand les nerfs qui règlent les fonctions automatiques sont touchés, on observe une chute de tension au lever avec vertiges, des troubles digestifs (lourdeurs, nausées), une transpiration anormale, des troubles urinaires. Chez un résident d'EHPAD, une hypotension au lever mal expliquée mérite que l'on pense à cette cause.

Pourquoi un nerf s'abîme après 65 ans

La neuropathie n'est pas une maladie mais la conséquence d'une cause, et c'est cette cause que nous cherchons en premier. Par ordre de fréquence chez nos patients âgés :

  1. Le diabète, de loin la première cause. L'hyperglycémie chronique altère progressivement les fibres nerveuses, et le risque augmente avec l'ancienneté du diabète et la qualité de son équilibre.
  2. Les carences, en premier lieu en vitamine B12. Elle est fréquente après 70 ans, favorisée par certains traitements au long cours (metformine, inhibiteurs de la pompe à protons) et par une alimentation appauvrie. C'est une cause que l'on peut corriger.
  3. L'alcool, y compris une consommation « modérée » mais quotidienne sur des décennies.
  4. Les médicaments : certaines chimiothérapies, quelques antibiotiques, l'amiodarone, entre autres. La liste des traitements est toujours relue quand une neuropathie apparaît.
  5. L'insuffisance rénale chronique et l'hypothyroïdie, deux affections courantes au grand âge.
  6. Les causes compressives, comme un canal lombaire étroit, qui donnent des symptômes proches et se traitent différemment.

Il reste une part de neuropathies dites idiopathiques, sans cause retrouvée, dont la fréquence augmente avec l'âge. Elles évoluent en général lentement.

Ce que nous faisons pour poser le diagnostic

La démarche est d'abord clinique. Nous testons la sensibilité au toucher, à la vibration avec un diapason, et à la pression avec un monofilament, ce petit fil de nylon appliqué sur la plante du pied que la personne doit sentir. Nous vérifions les réflexes, la force, l'équilibre. Puis un bilan sanguin recherche les causes réversibles : glycémie et hémoglobine glyquée, vitamine B12, fonction rénale, thyroïde, parfois une électrophorèse des protéines. L'électromyogramme (EMG), qui mesure la conduction nerveuse, n'est demandé que lorsque le tableau est atypique ou que l'atteinte progresse vite (même source). Chez une personne très âgée, nous évitons les examens qui ne changeraient pas la conduite à tenir.

Traiter : la cause d'abord, la douleur ensuite, les pieds toujours

Agir sur la cause

Équilibrer le diabète sans viser des objectifs trop stricts qui exposeraient aux hypoglycémies, supplémenter une carence en B12, arrêter un médicament en cause, réduire l'alcool : ces mesures ne réparent pas toujours le nerf, mais elles stoppent l'aggravation.

Soulager les douleurs neuropathiques

Les antalgiques classiques agissent peu sur ces douleurs. Nous utilisons des molécules initialement conçues comme antiépileptiques ou antidépresseurs, à doses faibles et augmentées prudemment, car chez la personne âgée elles exposent à la somnolence, aux vertiges et aux chutes. Les traitements locaux (patchs, crèmes) ont l'avantage d'éviter ces effets. L'objectif est réaliste : rendre les nuits supportables, pas supprimer toute sensation.

Protéger les pieds

C'est le point que je répète le plus. Un pied insensible se blesse sans que la personne s'en rende compte, et une petite plaie peut devenir une ulcération. Les gestes utiles :

  • inspecter les pieds chaque jour, ou faire inspecter, dessus et dessous ;
  • chaussures fermées, souples, sans couture intérieure, jamais pieds nus ;
  • pas de bouillotte, pas de bain trop chaud, vérifier la température avec le coude ;
  • ongles coupés droits, pas de « chirurgie » de salle de bain sur les cors et durillons.

Pour les personnes diabétiques, le médecin gradue le risque du pied de 0 à 3 ; à partir du grade 2, des séances de pédicurie-podologie sont prises en charge par l'assurance maladie (source : Ameli.fr, les complications du diabète au niveau des pieds).

La neuropathie et les chutes : le lien que l'on oublie

Quand les pieds ne renseignent plus le cerveau sur la position du corps, l'équilibre repose sur la vue et l'oreille interne, elles-mêmes souvent diminuées. Le risque de chute augmente nettement, surtout dans la pénombre. Trois mesures simples : un éclairage de nuit entre le lit et les toilettes, des séances de kinésithérapie centrées sur l'équilibre et le renforcement des chevilles, et, si besoin, une canne. Le blog aborde la sécurisation du domicile dans adaptation du logement senior et le maintien de la forme dans les exercices après 70 ans.

En établissement : ce que l'équipe met en place

En EHPAD, la neuropathie est intégrée au projet de soins : surveillance des pieds par les aides-soignantes lors de la toilette, passage régulier du pédicure, adaptation des chaussures, contrôle de la tension couchée et debout, révision des traitements avec le médecin coordonnateur. Si votre proche se plaint de brûlures nocturnes ou marche de façon plus incertaine, dites-le à l'infirmière : ce sont des signes que l'on peut prendre en charge, et une neuropathie repérée tôt est une neuropathie qui reste stable. Pour situer ce sujet parmi les autres affections du grand âge, l'article sur les maladies gériatriques et la dépendance donne le tableau d'ensemble.

Hélène Vasseur