Vie en établissement

Atelier mémoire en EHPAD : 25 idées d'exercices et de thèmes, et la manière de les animer

Petit groupe de personnes âgées en EHPAD participant à un atelier mémoire animé autour d’objets et de photos, dans une salle commune chaleureuse.

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Ce qu'un atelier mémoire peut et ne peut pas

Commençons par lever un malentendu que je rencontre souvent chez les familles : un atelier mémoire ne « rend » pas la mémoire, et il ne freine pas, à lui seul, une maladie neurodégénérative. Ce que montrent les études sur la stimulation cognitive en groupe, c'est autre chose, et c'est déjà beaucoup : une amélioration modeste mais mesurable de certaines fonctions, un bénéfice sur l'humeur, sur la qualité de vie et sur le lien social, à condition que les séances soient régulières et adaptées. La Haute Autorité de santé range ces interventions parmi les prises en charge non médicamenteuses recommandées dans la maladie d'Alzheimer et les maladies apparentées (source : HAS, maladie d'Alzheimer et maladies apparentées : diagnostic et prise en charge).

Le mécanisme est simple à comprendre. Une mémoire que l'on sollicite reste plus longtemps disponible qu'une mémoire que l'on laisse en jachère ; un cerveau âgé conserve une plasticité réelle ; et l'exercice en groupe ajoute ce qui manque le plus en établissement : la conversation. L'article sur les activités cognitives en EHPAD présente le cadre général ; celui-ci est une boîte à idées pour les animateurs, les soignants et les familles.

Cinq principes avant de choisir un exercice

  1. Aucune mise en échec. Un exercice trop difficile abîme plus qu'il n'aide. On ajuste en permanence, on souffle les réponses, on valorise la participation plus que le résultat.
  2. Un petit groupe. Six à huit personnes, pas davantage, avec des niveaux cognitifs proches.
  3. Une durée courte. Quarante-cinq minutes, avec une pause, à un horaire fixe de la semaine, en fin de matinée quand la vigilance est la meilleure.
  4. Une structure répétée. Même rituel d'ouverture (la date, la météo, une nouvelle), un exercice central, un temps de partage, même rituel de fin. La répétition rassure et devient elle-même un support de mémoire.
  5. Le plaisir comme critère. Si les résidents rient, parlent entre eux et reviennent, l'atelier fonctionne. Si l'on doit aller les chercher, il faut changer quelque chose.

Mémoire des souvenirs : la réminiscence (idées 1 à 6)

La mémoire autobiographique ancienne est la mieux préservée dans la plupart des troubles. C'est par elle que l'on obtient le plus de participation.

  • 1. La boîte d'objets d'autrefois : moulin à café, fer à repasser en fonte, plumier. Chacun prend un objet, dit ce que c'est et raconte un souvenir.
  • 2. La chanson à trous : un couplet connu, on s'arrête, le groupe complète. La mémoire des mélodies résiste très longtemps.
  • 3. Les photos de métiers : forgeron, lavandière, instituteur. Qui a fait ce métier ? Qui en connaissait un ?
  • 4. Le loto des odeurs : lavande, café, cuir, pain grillé, dans des flacons opaques. L'odorat ouvre des souvenirs que les mots n'atteignent pas.
  • 5. Les recettes de famille : reconstituer ensemble la recette d'un plat régional, ingrédient par ingrédient.
  • 6. L'école d'avant : la dictée, les bons points, le tableau noir. Un thème inépuisable et très fédérateur.

Mémoire des mots et des connaissances (idées 7 à 12)

  • 7. Les proverbes à compléter : « Qui va à la chasse... ». Puis discuter de ce que chacun en pense.
  • 8. Le mot qui commence par : une lettre, un thème (fleurs, prénoms, villes), chacun propose à son tour.
  • 9. Les catégories : citer dix fruits, dix animaux de la ferme, dix outils. On note au tableau pour que tout le monde suive.
  • 10. Le mot intrus : dans une liste de cinq mots, lequel n'a rien à faire là, et pourquoi ?
  • 11. Les définitions à l'envers : l'animateur décrit, le groupe devine le mot.
  • 12. Le dictionnaire régional : mots de patois ou expressions locales, et leur traduction. Excellent dans les établissements ruraux.

Mémoire de travail et attention (idées 13 à 17)

C'est la mémoire la plus fragile avec l'âge. Les exercices doivent rester très courts et ludiques.

  • 13. Le jeu de Kim : dix objets sur un plateau, on regarde une minute, on cache, on énumère. Puis on en retire un : lequel manque ?
  • 14. La liste de courses en chaîne : « je vais au marché et j'achète... », chacun répète et ajoute un article. À arrêter dès que cela devient laborieux.
  • 15. Les deux images : deux dessins presque identiques, trouver les différences.
  • 16. Le rythme frappé : l'animateur frappe une séquence dans ses mains, le groupe la reproduit.
  • 17. Le calcul du quotidien : rendre la monnaie, compter les points d'une partie de cartes, additionner les âges du groupe.

Mémoire des gestes et du corps (idées 18 à 21)

La mémoire procédurale, celle des gestes appris, est presque indestructible. Elle permet d'inclure les résidents qui ne participent plus verbalement.

  • 18. L'atelier pâte : pétrir, façonner des petits pains. Les mains savent encore.
  • 19. Le pliage du linge : serviettes, torchons, en discutant. Utile, apaisant, valorisant.
  • 20. Les gestes de métier mimés : le groupe devine le métier au geste.
  • 21. La gymnastique des doigts sur une chanson : associer mouvement et mélodie, comme dans les exercices après 70 ans.

Orientation et actualité (idées 22 à 25)

  • 22. Le tableau du jour : date, saison, fête du jour, temps qu'il fait, à remplir ensemble en ouverture de chaque séance.
  • 23. La revue de presse : trois titres du journal, lus à voix haute, puis commentés.
  • 24. La carte de France : situer sa ville de naissance, le lieu de ses vacances, la ville d'un petit-enfant.
  • 25. Le calendrier des anniversaires : le groupe tient à jour les anniversaires des résidents et prépare une petite attention.

Adapter aux troubles cognitifs installés

Pour les résidents atteints d'une maladie d'Alzheimer à un stade modéré ou sévère, les exercices des sections « mots » et « attention » deviennent inaccessibles et anxiogènes. On garde alors la réminiscence, la musique, les odeurs, les gestes, et l'on renonce à toute question fermée du type « vous vous souvenez ? ». La bonne formulation est « ça me fait penser à... », qui invite sans exiger. Les signes qui distinguent un vieillissement normal d'une maladie débutante sont décrits dans les premiers signes de la maladie d'Alzheimer.

À retenir : trois temps, toujours les mêmes. Un rituel qui situe, un exercice qui sollicite, un échange qui relie. Le contenu peut changer chaque semaine ; la forme, non.

Et à la maison

Ces idées s'utilisent aussi bien à domicile. Une famille qui rend visite à un parent peut apporter un objet d'autrefois, une photo, une chanson, et transformer une visite silencieuse en une conversation. Ce n'est pas un exercice, c'est un prétexte, et c'est précisément pour cela que cela marche. Dans les établissements, la fréquence des ateliers et la qualification de l'animateur font partie des questions à poser lors d'une visite ; les fiches établissement de mazette.fr indiquent les activités proposées, et une équipe fière de son atelier mémoire en parle volontiers.

Paul Dumont